Ces médias qui prennent du recul

Dans cet article, nous évoquons les médias suivants :

Ces médias qui prennent du recul

— 9 décembre 2021
Annabelle Perrin et François de Monès, fondateur·ices de La Disparition. Photo : Théo Giacometti

Quand l’ac­tu­al­ité d’hier fait étrange­ment écho à l’événe­ment d’aujourd’hui. C’est ce que veu­lent mon­tr­er des médias comme Retronews, Rem­bobine ou La Dis­pari­tion qui pro­posent d’analyser l’ac­tu­al­ité par le prisme du passé à tra­vers les archives, des reportages et des retours en arrière. Entre mag­a­zine, let­tre papi­er ou plate­forme en ligne, autant de moyens pour pren­dre du recul sur le monde qui nous entoure.

L’Institut nation­al de l’au­dio­vi­suel (INA) a bien saisi l’appétence du pub­lic pour les archives vidéos, à l’image de son ser­vice Medi­a­clip, qui met à dis­po­si­tion des vidéos clés en main pour les créa­teurs de con­tenus. En 2020, l’INA lance sa plate­forme payante de stream­ing Made­len qui donne accès à plus de 13 000 pro­grammes. Par­mi eux, des émis­sions emblé­ma­tiques comme Apos­tro­phe, et Cartes sur table, des films cultes ou encore des doc­u­men­taires. Les réseaux soci­aux sont aus­si très utiles pour l’INA qui pub­lie régulière­ment des archives. Comme celle-ci sur la vision des hommes sur les femmes dans les années 60. Une rela­tion passé-présent qui donne à voir l’évolution des ques­tions de société.

Con­cer­nant la vidéo, les archives sont bien là, mais quid de la presse écrite ? La Bib­lio­thèque Nationale de France (BNF) sauve la mise.

Retronews, plongée dans les archives de presse

« L’histoire dia­logue avec l’actualité et inverse­ment », fait remar­quer Sonia Dev­illers dans l’Instant M en octo­bre 2021 alors qu’elle rece­vait Lau­rence Engel, prési­dente de la BNF. « Retronews est une source inépuis­able pour com­pren­dre ce qu’il s’est passé et le met­tre en rela­tion avec ce qu’il se passe aujourd’hui », pré­cise la prési­dente. Con­crète­ment, Retronews est un site mais aus­si un moteur de recherche qui recense plus de 1500 titres de jour­naux pub­liés entre 1631 et 1950. Ce sont trois siè­cles de doc­u­ments numérisés pour plonger dans les méan­dres de la presse française. À des­ti­na­tion de celles et ceux qui recherchent des archives pré­cis­es sur un thème anglé grâce au moteur de recherche mais aus­si à ceux qui souhait­ent être éclairés sur une actu­al­ité grâce à des arti­cles du passé à tra­vers la rubrique « écho de presse ».

Être ancré dans le présent, c’est aus­si l’enjeu pour Retronews. Ain­si, la plate­forme a lancé une revue papi­er en sep­tem­bre 2021. « L’idée était de mon­tr­er que notre présent n’est pas si mod­erne que ça, par­fois. Déjà, on par­lait de sui­cide assisté il y a deux siè­cles. On par­le de l’ho­mo­sex­u­al­ité, du genre, d’é­colo­gie.., soulig­nait Mahir Guven, directeur de la pub­li­ca­tion, en sep­tem­bre dernier sur France Info. 

Cap­ture d’écran du site inter­net de Retronews.

La Disparition, entre monde d’avant et monde d’après

Retour au papi­er donc. Le sup­port que certain·es dis­ent en voie de dis­pari­tion. La Dis­pari­tion, c’est d’ailleurs le nom du pro­jet lancé en 2021 par les jour­nal­istes Annabelle Per­rin et François de Monès. Les fondateur·ices ont décidé de remet­tre la let­tre au goût du jour. Celle que l’on envoy­ait à notre grand-mère ou pour la référence, celles que Sam et Suzie s’écrivent dans Moon­rise King­dom, le film de Wes Ander­son. Lors de l’élaboration du pro­jet, Annabelle Per­rin explique com­ment l’équipe est arrivée à ce con­stat : « Tout peut dis­paraître. L’époque est grave, nous vivons une crise démo­graphique, san­i­taire, économique et écologique, donc notre seul espoir c’est la lutte et la prise de con­science. La Dis­pari­tion pro­pose donc un tra­vail jour­nal­is­tique de reportage sur les boule­verse­ments que nous sommes en train de vivre ».  Et la cofon­da­trice de pré­cis­er : « Nous ne sommes ni réacs ni nos­tal­giques, notre tra­vail de jour­nal­iste est de con­stater et d’inventorier. Le bon sujet est celui où l’on va chercher la petite his­toire pour l’inscrire dans un enjeu plus global ».

Pour décrire ces boule­verse­ments, La Dis­pari­tion a choisi un for­mat inédit que l’on croy­ait ne jamais revoir. Un média épis­to­laire ou un cour­ri­er reportage, c’est selon.

Visuel Chris­telle Per­rin pour Médi­anes, le stu­dio.

La let­tre zéro envoyée durant l’été 2021 est un reportage en immer­sion de Julien Bry­go sur la dis­pari­tion de mil­lions d’emplois de chauf­feurs routiers aux États-Unis à cause de l’expansion de plate­formes comme Ama­zon et ain­si évo­quer des prob­lé­ma­tiques plus glob­ales. Il est alors par­ti à leur ren­con­tre. « Si je suis ici c’est que l’heure est grave » écrit-il. Il emmène le lecteur à la ren­con­tre de ces tra­vailleurs. En voici un extrait :

« Il faut que tu sach­es que dans la majorité des cinquante États du pays, chauf­feur de camion est le méti­er le plus com­mun, devant employé de ser­vices com­mer­ci­aux, pro­fesseur et développeur infor­ma­tique. Plus de 1,8 mil­lions de camion­neurs, dont 93% d’hommes, opèrent sur de longues dis­tances aux USA, trans­portant env­i­ron 70% des biens de con­som­ma­tion — le reste est envoyé par le rail. » 

« Avant qu’il ne dis­paraisse, je voulais te racon­ter ce qu’est le méti­er de camion­neur aujour­d’hui. Sa dis­pari­tion annon­cée sig­ni­fie bien davan­tage que le drame de mil­lions de per­son­nes per­dant leur tra­vail. Cette dis­pari­tion n’est qu’une par­tie émergée de l’ice­berg d’un monde con­struc­tion, téléguidé par des géants comme Ama­zon, Google ou Uber. Je te racon­te cette his­toire pour que tu sach­es et que tu puiss­es juger si cet avenir te convient. »

Pho­to Chris­telle Per­rin pour Médi­anes, le stu­dio.

Il y a aus­si celles et ceux qui préfèrent la boîte aux let­tres mod­erne, les mails. La Dis­pari­tion fait aus­si en sorte que ce cour­ri­er numérique ne se perde pas au milieu des autres. Que, pour une fois, le lecteur prenne le temps de le lire. Exer­ci­ce pro­posé dans une newslet­ter tous les quinze jours. Cette fois encore, il est ques­tion de dis­pari­tion à tra­vers une revue de presse édi­to­ri­al­isée. Chaque numéro est dif­férent, c’est la sur­prise deux fois par mois.

[Ndlr : L’équipe de La Dis­pari­tion est accom­pa­g­née depuis décem­bre 2021 par Médi­anes, le studio.]

Rembobine, rattraper l’actualité

Ain­si, les mails s’empilent et on perd le fil. Même procédé pour l’actualité, par­fois on décroche. Dans sa newslet­ter Rem­bobine, Tim Vin­chon, jour­nal­iste indépen­dant qui fait par­tie du col­lec­tif La Friche, s’adresse à tous.tes celles et ceux « qui ont qui ne suiv­ent plus les nou­velles car elles vont trop vite. Quand je fais des ate­liers d’éducation aux médias, j’observe que les actu­al­ités dont on par­le main­tenant, plus per­son­ne n’en par­lera dans trois jours ». L’idée de la newslet­ter est donc de se pos­er et de réfléchir, « de trou­ver une nou­velle porte d’entrée pour ceux qui auraient décroché ou qui en sont dégoûtés ». Face au flot inces­sant d’informations, le jour­nal­iste a décidé de revenir sur les événe­ments d’il y a trois mois. Il pro­pose ain­si de pren­dre du recul pour mieux les comprendre.

Cap­ture d’écran de la newslet­ter n°6 de Rembobine

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