Epsiloon, se relancer dans une aventure média

Mathilde Fontez et Hervé Poirier ont fondé Epsiloon dont le premier numéro est sorti en mai 2021. C'est un magazine d'actualité scientifique qui explore le monde d'aujourd'hui et de demain.

Epsiloon : se relancer dans une aventure média, entre expérience et nouvelles exigences — 3/5

— 9 décembre 2021

Mathilde Fontez tra­vail­lait chez Sci­ences et Vie jusqu’à ce que le mag­a­zine soit racheté par le groupe Reworld Media. Avec son col­lègue Hervé Poiri­er, ils ont lancé un nou­veau mag­a­zine sci­en­tifique : Epsiloon. Le pre­mier numéro est sor­ti en mai 2021 après une cam­pagne de crowd­fund­ing qui a été un franc suc­cès

Notre série (Ils ont lancé leur média en 2021, ils racon­tent) : quit­ter sa rédac­tion, Nico­las de Ruyf­fe­laere l’a fait. Mais par­fois ce départ est con­traint car les jour­nal­istes ne se recon­nais­sent plus la ligne édi­to­ri­ale. En 2020, le mag­a­zine Sci­ences et Vie est racheté par Reworld Media, Mathilde Fontez et Hervé Poiri­er font par­tie de ceux qui ont démis­sion­né. Dans ce troisième épisode, ils racon­tent leur lance­ment dans une nou­velle aven­ture média avec Epsiloon.

Quel bilan est-ce que vous tirez quelques mois après le lancement ? 

Mathilde Fontez : Nous comp­tons près de 40 000 abon­né·es, c’est un beau suc­cès. Petit à petit, on s’installe. En tant que mag­a­zine papi­er on doit se dis­tinguer. Notre audi­ence est large, il va des lecteur·ices assidu·es curieux·ses de décou­vrir des médias aux pas­sion­né·es de sci­ences. C’est un atout et en même temps on doit faire en sorte de par­ler à tout le monde. 

Les jour­nal­istes qui ne sont plus en accord avec la direc­tion peu­vent démis­sion­ner en invo­quant la clause de ces­sion. Rebondir après un tel rachat peut être dif­fi­cile. Com­ment s’est lancé le pro­jet Epsiloon

Nous avons quit­té la rédac­tion de Sci­ences et Vie. Puis nous avons réfléchi au pro­jet Epsiloon, nous voulions faire un mag­a­zine acces­si­ble. Le moment décisif a été la ren­con­tre avec notre édi­teur Unique Her­itage. Sans cela, le mag­a­zine n’aurait pas été pos­si­ble. Nous ne voulions pas repar­tir dans une aven­ture jour­nal­is­tique sans être cer­tains d’être bien entourés. Avec le lance­ment d’un nou­veau mag­a­zine, nous étions dans l’obligation de ren­con­tr­er notre pub­lic, pour être renta­bles et donc indépendants. 

 

Vous avez misé sur le crowd­fund­ing, c’est le deux­ième plus gros suc­cès sur la plate­forme de crowd­fund­ing Ulule, com­ment vous l’expliquer ? 

Cela sig­ni­fie que le pub­lic a encore de l’enthousiasme pour la presse mag­a­zine ! On a eu un sou­tien d’adhésion. Ce qui a fonc­tion­né c’est que nous avons été sincères ; on a racon­té notre his­toire, notre pro­jet, en essayant de don­ner du sens à nos sujets. Nous avons défi­ni une ligne édi­to­ri­ale claire et un graphisme pro­pre au mag­a­zine. L’objectif était de tester, de voir si la for­mule que l’on pro­pose par­le aux gens. On écrit pour qu’on nous lise, donc il fal­lait qu’il y ait une demande et que les lecteur·ices soient prêt·es à pay­er pour nous lire. 

Vous avez aus­si misé sur le mag­a­zine papi­er, envis­agez-vous de tester de nou­velles formules ? 

Le but n’est pas de pass­er au tout numérique puisque ce n’est pas notre ADN de départ mais nous allons lancer un site avec du con­tenu. Pour le moment, la plate­forme ne sert qu’à présen­ter notre mag­a­zine et à s’abonner. Dans Epsiloon, nos arti­cles ne sont pas écrits pour être per­dus sur le web quelques heures après sa pub­li­ca­tion, ce n’est pas une lec­ture de flux. Ils sont fait pour dur­er dans le temps : repren­dre le mag­a­zine plusieurs mois plus tard et être tou­jours autant d’actualité. On a aus­si pour pro­jet de se lancer dans le pod­cast car c’est un for­mat qui se marie bien avec les his­toires que l’on racontent. 

Quels con­seils don­ner­iez-vous à quelqu’un qui voudrait lancer un mag­a­zine papier ?

Il y a beau­coup de choses aux­quelles il faut penser. Sur le fond, il est essen­tiel de se pos­er la ques­tion suiv­ante : est-ce que je pro­pose au lecteur une idée qui n’existe pas ? En tant que jour­nal­istes, on doit pro­pos­er des sujets dans l’air du temps, sur­pren­dre et don­ner envie d’ouvrir notre mag­a­zine tous les mois pour appren­dre des choses. Dans l’industrie du mag­a­zine papi­er, il y a encore de la place à con­di­tion de ren­con­tr­er son pub­lic. Surtout, on ne fait pas un mag­a­zine pour se faire plaisir soi-même mais pour dire quelque chose au lecteur. 


Pour aller plus loin

Presse : le papi­er est-il encore désir­able ? : France Cul­ture se pose la ques­tion avec Éric Fot­tori­no (Le 1, Zadig) et Isabelle Robert (Les Jours).

Retour d’expérience : le lance­ment d’Epsiloon : les fondateur·ices étaient les invité·s de l’émis­sion L’In­stant M de France Inter.

Vous pouvez réutiliser cet article

Tous nos contenus sont publiés sous licence Creative Commons (CC BY-NC-SA 3.0 FR), ce qui signifie que vous êtes libre de les réutiliser et les adapter, à la condition de ne pas en avoir une utilisation commerciale, de citer le contenu original et d'ajouter un lien vers celui-ci.

À propos de Médianes

Médianes est un centre de ressources à but non lucratif dédié aux médias, à celles et ceux qui les fondent, et à celles et ceux qui les font. Nous proposons gratuitement des articles et des ressources dédiés aux médias, de la création à la gestion quotidienne. Nous accompagnons également, via notre studio, de nombreux médias en France et en Europe dans le développement de leurs projets.

Découvrir Médianes, le studio

À lire aussi

Dévoiler ses coulisses

Les médias sont des projets entrepreneuriaux qui ont parfois du mal à communiquer sur eux-mêmes. Pourtant, c'est un sujet d'intérêt général et un levier marketing important. Booska-P, Les Jours ou encore Gimlet dévoilent leurs coulisses, et cette formule fonctionne.  ...