La Croix

La Croix est un quotidien catholique d’actualité, édité par Bayard Presse. En 2021, le journal est tiré à 85 000 exemplaires et enregistre 2 millions de visites uniques chaque mois. Le média revendique un lectorat « engagé et fidèle ».

Médias et opinions : imaginer une rubrique spécifique, exemple d’À Vif dans La Croix

— 3 août 2022

En jan­vi­er 2022, une nou­velle rubrique est apparue sur le site de La Croix :  À Vif, un espace ouvert à des tri­bunes, dis­tinctes du reste du jour­nal. Théo Moy, jour­nal­iste, est chargé de la dévelop­per. Médi­anes a échangé avec lui sur la con­struc­tion et la réflex­ion édi­to­ri­ale de cette rubrique.

Com­ment avez-vous pen­sé la rubrique À Vif ?

Je tra­vaille aux côtés de la rédac­trice en chef Isabelle de Gaul­myn. Nous avons, avec la rédac­tion, com­mencé à réfléchir à cette nou­velle rubrique à mon arrivée en sep­tem­bre dernier. J’ai observé que les rubriques opin­ions fonc­tion­nent très bien dans d’autres jour­naux, comme le Figarovox, la rubrique « tribunes et opin­ions » du Figaro, qui est dev­enue une véri­ta­ble mar­que média. Cer­tain·es le lisent sans même lire le reste du jour­nal. En ce qui con­cerne À Vif, il s’agit avant tout d’une véri­ta­ble ambi­tion édi­to­ri­ale : ouvrir le débat en pub­liant des textes et tri­bunes sur des sujets por­tant sur la reli­gion, l’actualité ou encore la démoc­ra­tie. Don­ner la parole à d’autres acteur·ices de la société que celles et ceux que nous trou­vons dans le jour­nal, loin des polémiques et pour un échange apaisé. Même si les textes pub­liés dans À Vif sont en cohérence avec les opin­ions de La Croix, l’objectif est de s’ouvrir à d’autres points de vue. 

Qu’est-ce qui a motivé la con­struc­tion de cette rubrique ? 

Nous avons établi un con­stat spé­ci­fique au lec­torat de La Croix : le monde catholique est en recom­po­si­tion, les com­mu­nautés se sont séparées, ont du mal à se par­ler et sont de plus en plus mar­quées idéologique­ment. En cela, l’enjeu pour La Croix n’est pas de s’adresser unique­ment aux catholiques pro­gres­sistes. Cette nou­velle rubrique per­met aus­si d’ouvrir la voie et de don­ner la parole à d’autres courants d’opinions. Con­crète­ment, À Vif a une rubrique dédiée sur le site avec env­i­ron huit con­tenus par semaine et depuis le mois de mai, nous avons trois pages dans le jour­nal tous les lundis.

Vous pub­liez 80% de tri­bunes, mais égale­ment des entre­tiens. Quelle est la ligne édi­to­ri­ale de la rubrique ?

Nous pub­lions des tri­bunes, des bil­lets, des entre­tiens et des édi­tos. La plu­part con­cer­nent des sujets de l’Église mais il y a aus­si des sujets de société et d’actualité. À chaque fois que nous devons choisir des textes, nous sommes sur une ligne de crête entre ce qu’on peut pub­li­er et ce qui ne cor­re­spond pas à la ligne de La Croix. Par exem­ple, sur des sujets bioéthiques : nous n’allons pas pub­li­er une tri­bune pro GPA alors que La Croix est plutôt cri­tique à cet égard. Mais on a par exem­ple dif­fusé une tri­bune signée par une dizaine d’eurodéputé·es écol­o­gistes sur l’in­fla­tion décar­bonée alors que la rédac­tion ne traite pas for­cé­ment ce sujet. 

L’idée est d’avoir une cohérence édi­to­ri­ale entre le jour­nal et la rubrique À Vif. Finale­ment ce sont par­fois plutôt des textes d’éclairage avec une valeur d’expertise que des tri­bunes ou même des débats (NDLR : comme cet échange entre un his­to­rien et un poli­tiste sur la ques­tion : les catholiques se rad­i­calisent-ils par la droite ?)

Au-delà de l’éditorial, quelle est son util­ité pour le média ? 

La rubrique À Vif, en plus d’apporter dif­férents points de vue, per­met trois choses. Ren­forcer le lien avec le lec­torat : nous recevons des retours de lecteur·ices, leurs avis sur les plumes qui sig­nent ces textes, par­fois même ils et elles nous con­seil­lent des per­son­nal­ités. Ensuite, nous avons un compte Twit­ter spé­ci­fique à À Vif, cela sert aus­si à engranger du flux sur le site inter­net, notam­ment via les réseaux soci­aux. Par exem­ple, des sujets sur le nucléaire fonc­tion­nent très bien. Enfin, mon tra­vail de titraille est aus­si très impor­tant car il y a un gros enjeu con­cer­nant l’audience et le référence­ment des articles.

 

Juste­ment, quel est votre rôle en tant que respon­s­able de cette rubrique et à quoi faut-il être attentif ? 

En tant que respon­s­able, je suis rat­taché au ser­vice reli­gion mais je nav­igue entre plusieurs ser­vices de la rédac­tion. Mon tra­vail con­siste à tri­er les textes que l’on nous envoie. Nous avons des plumes régulières notam­ment sur les sujets « reli­gion », mais je pro­pose aus­si à des per­son­nes dont l’é­clairage me sem­ble intéres­sant d’écrire pour nous. Mon rôle est de sélec­tion­ner les textes, de les titr­er, de les relire, de les éditer, par­fois de réécrire cer­taines par­ties et cela prend du temps. Je peux aus­si récupér­er des entre­tiens réal­isés par des jour­nal­istes d’autres ser­vices car ils me parais­sent per­ti­nents pour la rubrique. Je fais aus­si un tra­vail de véri­fi­ca­tion : à qui donne-t-on la parole ? Ma plus grande crainte serait d’accepter un texte d’une per­son­ne pas fiable et sur laque­lle il plane une incer­ti­tude quant à la fameuse ques­tion : d’où par­le-t-elle ? Mais je suis avant tout atten­tif aux lecteur·ices. Le but est d’être le plus péd­a­gogique possible. 

Vous avez établi une charte dédiée à la rubrique. En quoi est-elle importante ? 

Cela sert à être très clair sur notre posi­tion­nement et sur notre feuille de route. Elle est autant utile à moi qu’à celles et ceux qui vont nous pro­pos­er un texte. C’est aus­si un tra­vail de trans­parence à l’égard de l’audience. Con­crète­ment dans cette charte, il y a cinq points impor­tants : les tri­bunes sont signées avec la vraie iden­tité de l’auteur, ne doivent ni con­tenir d’attaques per­son­nelles, dis­crim­i­na­toires, ni atta­quer la vie privée. Elles ne doivent pas don­ner lieu à des injures, à des inci­ta­tions à la vio­lence. Il est pri­mor­dial qu’elles ne repren­nent pas de fauss­es infor­ma­tions, ni relayent celles dont on ignore la source.

Com­ment, con­crète­ment, séparez-vous visuelle­ment la rubrique du reste du média pour que les lecteurs et lec­tri­ces com­pren­nent bien la différence ? 

Jusqu’en mai dernier, les tri­bunes étaient inté­grées à la par­tie « débats » au début du jour­nal. Nous avons eu des réu­nions avec dif­férents ser­vices du jour­nal pour con­stru­ire la nou­velle rubrique. Nous avons réfléchi à ce que nous voulions en faire et à ce que nous voulions qu’elle apporte. Avec les graphistes, nous avons tout de suite misé sur les guillemets pour que ce soit vis­i­ble et que cela se dis­tingue bien des autres par­ties du jour­nal. Par ailleurs, la rubrique arrive à la fin, il est par con­séquent plus facile pour le lec­torat de com­pren­dre sa place dans l’é­conomie glob­ale du jour­nal. Dans la mise en page, la pho­to appa­raît en gros tout comme le chapô qui présente la per­son­ne qui signe le texte. Sur le site, la police de la rubrique est même dif­férente, donc bien dis­tincte des autres. 


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