Créer un numéro zéro

Cet article fait partie de notre série « Tester son projet média ». Retrouvez le premier épisode dédié à Recto-Verso, un projet des Others, développé avec leur communauté, et le troisième épisode consacré à Brief.me et aux campagnes de bêta-test.

Tester son projet : créer un numéro 0, l’exemple de Chassez le naturel

— 16 mars 2022
Pauline Dupin-Aymard par Camille Huguenot

Pauline Dupin-Aymard est la fon­da­trice de Chas­sez le naturel. Sur les routes du vin, elle racon­tait ses aven­tures sur Inter­net. Puis, l’envie lui est venue de partager son expéri­ence sur papi­er. Après la créa­tion d’une revue, la baroudeuse nous racon­te com­ment elle a lancé un fanzine, à tra­vers un numéro 0 entière­ment fait à la main.

Elle a délais­sé son camion et les routes pour une habi­ta­tion en dur en Alsace. À bord de sa camion­nette amé­nagée, Pauline Dupin-Aymard part en 2018 à la ren­con­tre des vignerons et des vigneronnes du vin nature. Entre séjours et dégus­ta­tions, Pauline tient un jour­nal de bord : échanges, quo­ti­di­ens, saveurs, paysages. Sans jar­gon tech­nique, l’envie lui vient de racon­ter ces moments et de les transmettre.

Au fil de l’aven­ture, celle qui se présente comme écrivaine et artiste ali­mente un site inter­net et un compte Insta­gram pour celles et ceux qui la suiv­ent. Puis lui vient l’idée de faire un objet papi­er, un car­net de 96 pages, tous les 6 mois. « J’ai tou­jours aimé le manuel, que ce soit la pein­ture, l’écriture ». En mai 2019, elle lance alors une cam­pagne de finance­ment par­tic­i­patif pour financer son pre­mier pro­jet, un mag­a­zine, et récolte 17 000 euros. 

« Quelque chose de spontané »

Un pre­mier numéro sort en juin et sera réim­primé quelques mois plus tard. Un an après, Pauline veut faire quelque chose de plus intimiste, arti­sanal. C’est alors le fanzine fait à la main qui s’est imposé. « Je le voulais comme un car­net de bord pour partager mes ren­con­tres »

En avril 2021 est sor­ti le numéro 0 d’un fanzine lim­ité à cent exem­plaires. Faire un numéro zéro à la main et seule, un défi ? « Non j’ai surtout pris du plaisir à le faire, tu ne te mouilles pas vrai­ment avec un numéro zéro, tu testes surtout un nou­veau for­mat. Le numéro zéro en édi­tion lim­itée est aus­si l’occasion de se racon­ter : je voulais quelque chose de très intime, de spon­tané, c’est fait à la main, je par­le avec le “je”, c’est presque un car­net de notes amélioré ». Une trentaine de pages dans lesquelles on trou­ve du texte écrit à la plume, des pho­tos, des couleurs, des col­lages sur ses ren­con­tres, ses aven­tures sur la route. 

Évidem­ment, cela prend du temps de tout faire à la main, mais « l’avantage c’est que l’investissement se lim­ite à une bonne imp­ri­mante ».

Les lecteur·ices viennent pour le format

Pauline compte plus de 9 000 abonné·es sur Insta­gram, c’est prin­ci­pale­ment par ce canal qu’elle a com­mu­niqué sur son pro­jet de fanzine. Elle peut s’appuyer sur une com­mu­nauté engagée. « Mes lecteurs sont en grande par­tie des per­son­nes qui me suiv­ent sur Insta­gram. Ce sont des gens qui adhèrent au style, qui sont touchés par le for­mat au-delà du vin, ils aiment ren­con­tr­er et voy­ager »

Les ventes se sont prin­ci­pale­ment faites via les réseaux soci­aux et le bouche-à-oreille, tous les tirages sont par­tis en quelques jours. « Cela con­forte dans l’idée que tester de nou­veaux pro­jets répond bien à une demande de cer­tains curieux ».

Penser la partie entrepreneuriale

Une com­mu­nauté déjà établie aide à la dif­fu­sion de son numéro zéro. « L’idée était vrai­ment de pren­dre du plaisir à le faire ». Après le suc­cès du numéro 0, Pauline Dupin-Aymard lance à l’été 2021 un numéro 1 tiré à 150 exem­plaires, qui vient com­pléter la sor­tie de qua­tre numéros de revues plus con­séquentes. Lui aus­si en rup­ture de stock.

Au-delà du pro­jet artis­tique et édi­to­r­i­al, il faut aus­si penser aux aspects com­mer­ci­aux, à la dif­fu­sion et au mod­èle économique d’un pro­jet papi­er, ce qui peut débous­sol­er. Auto­di­dacte, Pauline a vite rel­a­tivisé face à cette prob­lé­ma­tique : « Quand on est pleine­ment dans la créa­tion, il faut appren­dre la par­tie com­mu­ni­ca­tion, le démar­chage, trou­ver les bons inter­locu­teurs. C’est évidem­ment une charge de tra­vail en plus, mais quand on prend du plaisir dans ce qu’on fait, on ne prend pas vrai­ment cela comme une con­trainte ».

Qua­tre ans après son lance­ment, beau­coup de kilo­mètres, de papiers, de pinceaux et de bouteilles vins plus tard, Pauline Dupin-Aymard pour­suit son aven­ture.

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